MT400 - Léa FRIIS ALSINGER

Les objets, supports d'échanges dans le monde juif médiéval de la Couronne d'Aragon (XIIIe -XVe siècles)

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Les objets, supports d'échanges dans le monde juif médiéval de la Couronne d'Aragon (XIIIe -XVe siècles)

Mots clés : Objets, Juifs, médiévaux, Catalogne, Aragon, culture matérielle

MT400 :
L'étude de la culture matérielle, c'est à dire des objets, permet de percevoir autrement les relations entre les Juifs et les Chrétiens dans l'Europe médiévale comme dans les communautés juives (aljamas). Les objets sont des facteurs d'échanges, individuels ou collectifs, et des supports d'investissements matériels ou symboliques. 

Notre aire d'étude est restreinte, à l'intérieur du territoire de la Couronne d'Aragon, au noyau dur, grosso modo de Valencia au Sud, jusqu'à Montpellier au Nord.

Deux types de sources sont utilisées : textes et objets.

Les textes d'archives sont notariés et royaux, citant des objets remarquables. La principale source est, à Barcelone, celle des Archives de la Couronne d'Aragon (série Cancillería) ; les sources secondaires sont notariées, régionales, de divers localités. A Perpignan, par exemple, aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales, les séries 1.B et 1.E  (1213-1492), sont symboliques des autres archives :  la première est un ensemble « fabriqué » de textes comme beaucoup d'archivistes en firent à la fin du XIXe siècle, comme les Libri judeorum d'autres localités, et la seconde rassemble des registres notariés concernant des Juifs comme des Chrétiens.

Les objets sont exposés dans les musées de Barcelona, Tàrrega, Girona, Teruel... mais nous sélectionnons ceux réellement issus de sites archéologiques liés aux Juifs.
Textes comme objets sont datés des XIIIe-XVe siècles, et cela correspond aussi à l'essor de la pratique documentaire administrative. 

Ainsi le panorama dégagé par ce corpus hybride, de biais différents et complémentaires nous permet-il de compenser un peu le hasard de la conservation pour appréhender une réalité historique et sociale que nous confrontons, enfin, à la littérature religieuse comme les Responsa de Bar Seset ou le Michne Torah de Maïmonide.

On se rend alors compte que les Juifs ont les mêmes objets que les Chrétiens de leur époque,  sauf rares objets cultuels différents, comme les Hannoukiot, (luminaires pour la fête de Hannouca), seuls indicateurs de culture juive dans les sites archéologiques, certains autres objets spécifiques ayant disparus car périssables, comme des pièces de tissus citées dans la littérature (mappa, tallit...). L'intégration sociale est telle qu'on trouve des bijoux dans les sépultures contrairement aux normes religieuses. Finalement, la différence essentielle semble se situer dans l'approche psycho-sociologique, l'investissement symbolique des objets, tout comme les Chrétiens à cette même époque, dans leurs décrets discriminants, le contact créant une notion d'impureté. Les objets sont ainsi des catalyseurs et montrent donc à quel point l'aspect symbolique finit par dépasser l'aspect matériel.

Plat du Musée d'Histoire de Barcelone, XIVe siècle, MHCB 32221

Léa FRIIS ALSINGER, Claude DENJEAN
Centre de Recherche sur les Sociétés et les environnements Méditerranéens (CRESEM), Université de Perpignan Via Domitia, Perpignan
l.f.alsinger@gmail.com

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Mise à jour le 2 novembre 2020